C’est un comble, dit
Grenier
Jamais l’on ne me visite
C’est à peine si j’existe
Pourtant je suis un musée
De foultitude de choses :
Un coffre plein de bonnets
Des vieux skis, un bâtonnet
De surimi qui fut rose
Le buffet, tout déglingué,
De guingois sur ses assises
Où ont chu ses belles frises
Qui s’en voulaient promener
Des revues, des magazines
Datant du siècle dernier
Des timbres oblitérés
Du Pérou, de l’Argentine
Un pupitre bosselé
Creusé de ses hiéroglyphes
Tracées par un néophyte
S’amusant aux osselets…
La seule vie qui m’habite,
Scélérats, les araignées
Et quelques gros rats musqués…
Je suis comme un cénobite
Aux compagnons imposés
Et les humains me désertent.
Ma porte n’est plus ouverte ;
L’on devrait y apposer
Des scellées, me condamner
A perpète, en oubliant
Tout ce que mon cœur d’enfant
A pu regarder faner…
C’est un comble, dit Grenier
Je n’ai demandé de naître
J’eusse préféré Fenêtre
Dans le salon du premier
Car, né vieux, l’on me méprise
Je ne suis bon qu’à servir
D’entrepôt, et à subir
Mes tristes psychanalyses.
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